Quels sont les enjeux et l’avenir des technologies dans les secteurs agricoles ?

Qu’est-ce que l’agriculture augmentée et à quelles technologies a-t-elle recours ? C’est à cette question que le SIMA a tenté de répondre via une conférence dédiée à l’innovation en agriculture.

Elle pose la question de l’agriculture augmentée, de la digitalisation de ce secteur et de son avenir, en abordant dans un premier temps une présentation internationale des réalités actuelles au sein du secteur agricole. André Laperriere, directeur exécutif du GODAN, est le premier intervenant de cette conférence et en pose les problématiques.

Qu’est-ce que le GODAN ?

Le GODAN (Global Open Data for Agriculture and Nutrition) est une démarche internationale visant à favoriser le partage et l’exploitation des données ouvertes en agriculture. Cette organisation a été créée dans le contexte du G7 afin de répondre aux évolutions démographiques mondiales, ainsi qu’aux changements climatiques.
Il existe à ce jour 800 millions de personnes mal nourries dans le monde, et si rien n’est fait d’ici 2050, ce nombre grimpera jusqu’à 3,8 milliards, soit entre 35 et 40% de la population mondiale. L’objectif du GODAN est donc de réfléchir sur l’innovation en agriculture, sur la manière de produire plus et mieux, surtout dans les régions dotées d’un potentiel inexploité.
Ce siècle va en effet devoir produire autant de nourriture que ce que l’humanité a pu produire en 8 000 ans. Il est donc nécessaire de favoriser l’innovation en agriculture. André Laperriere estime que pour cela, il importe de « mettre ensemble nos connaissances et de générer des innovations soit par la création de nouvelles méthodes, soit par le partage des méthodes qui marchent avec ceux qui ne les connaissent pas encore ».

Quelle est l’importance de la donnée dans le secteur agricole ?

En 2018, le GODAN comptait plus de 860 organisations membres unies dans un objectif commun de partage des connaissances, en s’appuyant sur les données, les chiffres et les analyses servant à l’innovation dans l’agriculture. La data a en effet un impact important sur la productivité agricole. Il peut s’agir de l’une des familles de données suivantes :

  • Géodata
  • Météo
  • Marchés
  • Infestations
  • Maladies
  • Equipement
  • Data socio-économique

Ces catégories d’information ont des effets sur l’agriculture optimisée, la production, les coûts, les profits, la nutrition améliorée, la prévention des désastres et la qualité de vie. Parmi elles, les trois types de données qui semblent avoir le plus d’impact sont la géodata (observation, utilisation de satellites, de drones…), les informations météorologiques (au regard des changements climatiques) et les fluctuations des marchés (il est essentiel de produire, mais également de vendre ce que l’on produit).

Chaque type de data est important, mais pour André Lapperriere, « ce qui donne le plus de potentiel aux données, c’est de les combiner. Parce que lorsqu’on a des données qui proviennent de différentes sources, on peut corriger les erreurs, compléter les manques d’information et avoir un portrait plus complet de la situation ».

L’intégration des données ne doit pas se faire qu’horizontalement, mais également historiquement afin de déceler des tendances et de réaliser de l’analyse prédictive. Ceci afin de bénéficier d’opportunités agricoles ou de limiter les risques.

La data est donc un outil précieux dans le domaine agricole. Néanmoins, la donnée brute ne délivre pas directement du sens et nécessite une interprétation, qui n’est pas à la portée de tous les acteurs du secteur.

En quoi l’innovation en agriculture se heurte-t-elle à une fracture numérique ?

Il existe un grand écart entre les grandes fermes industrialisées et l’essentiel du monde agricole, à savoir les petites fermes qui n’ont pas toujours les moyens de recourir à un ingénieur pour interpréter la data. On parle de « fracture digitale ».
La majorité des cultivateurs à tracteurs dans le monde disposent de moins de 4 hectares de terrain, et ne disposent donc pas de tracteurs aux dimensions imposantes et automatisés. En revanche, l’innovation en agriculture permet d’utiliser des technologies plus abordables, telles que les exemples suivants :

  • Un capteur d’humidité fonctionnant à l’énergie solaire et qui transmet l’information résultant de la comparaison des données météo et de l’état d’irrigation du sol. Disposer d’un tel capteur permet d’identifier les parties de terre les plus sèches et d’anticiper les besoins en eau en fonction des prévisions en termes d’intempéries.
  • De nombreux cultivateurs souhaiteraient que les données géostationnaires attirent leur attention sur les problèmes. Un satellite peut détecter les infestations de rongeurs, permettant de cibler le problème afin de s’en débarrasser sans attendre. L’idée ici est d’avoir un intermédiaire qui interprète les données et fournit ce service aux petits cultivateurs, sans qu’ils aient besoin de procéder à une analyse poussée des données.
  • Un partenaire du GODAN a développé une application smartphone permettant de photographier des insectes ou des plantes invasives. En quelques secondes, une intelligence artificielle établit une correspondance entre la photographie et des millions d’autres données, afin d’identifier la menace ainsi que la façon de s’en débarrasser.

Ces exemples démontrent que la fracture digitale est en mesure d’être résorbée. Il importe toutefois que les efforts en matière d’innovation dans l’agriculture soient internationaux. André Laperriere conclut sur un proverbe africain : « Si tu veux aller vite, va tout seul ; si tu veux aller loin, allons ensemble ».

Intervenants : Marie-Cécile DAMAVE, AGRIDEES et André LAPERRIERE, GODAN

Retrouvez l’intégralité de la conférence « Agriculture augmentée : une réalité d’aujourd’hui et de demain » en vidéo :